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Français

Journal éphémère

     Action des
 4ème A et 4ème B






Les élèves de 4ème de Madame Colard, professeur de lettres, ont réalisé un journal éphémère consultable sur ce lien.

Ils ont mené une action sur le thème du développement durable.

BRAVO !

    Jour de gloire pour
      Emilie Chateau,
     élève de la 4e B.






Le mercredi 30 mai, Emilie Chateau a gagné le premier prix de composition littéraire de l'association AMOPA (Association des Membres de l'Ordre des Palmes Académiques ).
Il s'agissait d'écrire une nouvelle fantastique en partant d'une partie du corps. Notre élève a su subjuguer ses lecteurs grâce à sa nouvelle Un nez'pouvantail. Ce qui va se produire est-il bien réél? Est-ce le fruit de votre imagination?
Je vous glisse ci-dessous son écrit pour que vous puissiez en profiter à votre tour.

Mme des Roseaux


Un nez'pouvantail


La table était garnie de mets délicieux, autour de la dinde et de l'assortiment de légumes. Noël régnait dans la pièce. On racontait des anecdotes passées, quelles soient amusantes, effrayantes, ou même dramatiques. Lorsque nous fûmes attablés, l'homme le plus âgé, Pierre, que nous appellions "pépé" dit d'une voix portante :
"Durant ma longue vie, moi, j'en ai vécu une histoire étrange, je dirai presque surnaturelle mais je n'y crois pas une seconde."
Toute la famille était intérésée, un silence se fit et on entendit "raconte-là" de la cuisine, cela devait être mamie.

"J'étais dans un petit village perdu dans la campagne. Je connaissais tout le monde et tout le monde me connaissait. Chaque semaine nous organisions des fêtes pour nous détendre après une semaine de dur labeur. Le printemps arrivait et les oiseaux apparaissaient. J'eus peur pour mes champs de blé et de maïs alors je décidai de planter des épouvantails. J'allai voir ma femme Claire et lui demandai de me faire trois grands chapeaux de paille. Je pris de vieux vêtements dans ma penderie et allai dans la grange où sont stockés nos déguisements de fêtes, j'ai pris trois masques. Lorsqu'il fit plus clair, je me dirigeai vers la fôret où je trouvai de grands bâtons pour faire le corps de mes épouvantails. Lorque je fus chez moi, je pris toute mon après-midi pour la confection de ceux-ci. Ils étaient plus que réalistes. J'en étais très fier et allai les planter le soir même.

Mon voisin était justement dans son champ lorsque j'arrivai. Je lui montrai mes épouvantails, il en était jaloux. Quelques instants plus tard, j'eus une idée qui pourrait, ma femme et moi, raviver notre hiver de vivres. J'allai voir mon voisin et lui dis :
" Bonjour Jean, je suis venu passer un accord.
-Je t' écoute.
-Je t'ai vu flasher sur mes épouvantails tout à l'heure. J'aimerais donc te proposer de t'en donner un en l'échange de quelques vivres cet hiver, disons un dixième.
-J'avoue que je ne sais pas quoi en penser, laisse moi y réfléchir et je reviens pour te le dire."
Une dizaine de minutes plus tard, Jean revint me voir :
" C'est entendu, je t'en prends un !
-C'est d'accord, je te l'ammène !"

J'ammenai l'épouvantail et repartis souriant et heureux. Je plaçais les miens dans mon champ. A deux endroits bien distants. Ils étaient beaux, l'un était vêtu de bleu, le masque de son visage était rose pâle fourni en plumes et autres accesoires en tout genre. Pour nous habitants, l'un avait l'air accueillant et sympathique. L'autre, au contraire, avait l'air furieux, strict et froid. Il portait une grande chemise verte et un pantalon marron délavé et troué. Son masque était d'un blanc similaire à la neige et portait une grande perruque blonde emmélée et surmontée d'un chapeau de paille abîmé. Lorque je fus certain que ces deux personnages étaient bien fixés, je partis raconter la bonne nouvelle à Claire, ma femme. Elle fut ravie de cette nouvelle et nous allâmes nous coucher après avoir mangé un délicieux pot au feu.

Le lendemain matin, je retournai au champ. J'allai voir mon premier épouvantail. Il était intact, toujours resplendissant. J'étais heureux qu'il ait tenu toute la nuit et je traversai alors le champ jusqu'à l'autre.
Soudain, en arrivant sur la partie où poussait le blé, là où j'avais planté mon second, je ne compris pas ce qu'il arrivait. Il y avait, dans cet épouvantail, que j'avais construit la veille, au niveau du masque, celui que j'avais pris dans la grange à déguisements, planté par une grande épingle, voir une aiguille à tricot... un nez... Oui un nez, long, coupé le long de la paroi du visage, ensanglanté, il avait l'air fraichement coupé, il portait une légère bosse sur le dessus et avait de petites narines. J'étais bouche-bée, paralysé, je ne pouvais plus bouger face à cette affreuse scène. Je ne pus travailler dans mon champ après cette scène durant le reste de la journée. J'allai tout de même détacher cette épingle et le nez s'écroula au sol. J'étais écoeuré et je ne pus le toucher pour le déplacer loin de mon champ. Je rentrai chez moi, me lavai les mains pendant de longues minutes puis partis me coucher. Je dormis, d'après ma femme pendant plus de vingt-quatre heures.

Lorsque je me réveillai, j'étais en forme et le problème de la veille m'était sortie de la tête. Alors je me dirigeai promptement vers mon champ après avoir pris un bon petit déjeuner. Quelques secondes plus tard, j'y arrivai, j'allai voir mon premier épouvantail, rien d'anormal, j'étais satisfait et me dis que ce que j'avais vécu n'était qu'un mauvais rêve, le beau-temps m'y laissait croire. Comme la première fois, je traversais joyeusement mon champ.
Lorsque j'arrivais sur place, je fus pour la deuxième fois ébaubi. Ce nez, le même nez, planté dans le même trou, celui avec la légère bosse, planté par la même épingle. Pourtant, par terre dans le boue, il n'y avait aucune trace excepté celles de mes chaussures et quelques minuscules trous qui ne me perturbèrent pas avant de retirer l'épingle. Son diamètre était le même que celui des trous, j'en étais certain. Je décidai cette fois de prendre mon courage à deux mains et amenai le nez à la lisière de la fôret. Je continuai, après cela, à travailler car cela faisait quarante-huit heures que je ne m'étais pas occupé de mes terres.
Lorsqu'il fit nuit, j'allai rentrer chez moi lorque je crus apercevoir une ombre. Dans ma tête, j'essayais de me rappeler les courbures de ce personnage et après quelques minutes l'image de Jean, mon voisin me vint à l'esprit. Alors je m'empressai de rentrer chez moi, mais quand je passai devant la maison de Jean et sa femme, je ne pus m'empêcher de regarder si l'homme était là. Contre toutes attentes, il était ici, attablé avec sa femme et ne semblait pas revenir de l'extérieur, j'étais perdu :
Pourquoi ce nez était chaque matin, planté dans le masque ? Comment ne voyait-on pas les traces de pas de l'homme ? Mais y avait-il vraiment un homme ? Qui était-ce ? Comment un nez pouvait-il se déplacer ? Pourtant lorsque je l'ai touché, j'ai eu des frissons, serait-il vivant ?

Cette nuit là, je n'arrivai pas à m'endormir. Chaque bruit, chaque mouvement que je voyais par la fenêtre, m'angoissait. Je ne pouvais aller voir mon champ, cela perturberait ma femme, elle qui n'était pas au courant , que je ne voulais pas affoler. A un moment, je me dis que si le nez était de nouveau là, je préviendrais Claire et nous pourrions "inspecter ensemble". Le lendemain matin, je n'avais pas dormi de la nuit. A six heures, alors que ma femme dormait encore, j'allai à la boulangerie du village chercher les croissants pour me vider l'esprit. La boulangerie était à l'opposé de mon champ. Je décidai alors que je n'irai pas le vérifier ce matin. Durant la matinée, nous avons discuté de tout et n'importe quoi. Puis, vers midi et demi, nous passions à table. Le déjeuner se déroula très bien mais lorsque nous arrivâmes au dessert, j'eus des frissons, mon ventre me fit atrocement mal, une douleur de peur, d'effroi. J'essayais alors de me lever pour m'allonger sur le dos, mais impossible, mes membres étaient figés. J'avais des sueurs froides. J'avais comme une voix dans mon esprit me disant qu'il s'était passé quelque chose au champ. Claire m'apporta un verre d'eau que je bus rapidement pour reprendre mes esprits et je partis voir mon épouvantail.

Quelques minutes plus tard, j'y arrivai. Le premier était toujours tel quel. Je traversai alors le champ. Le ressenti que j'avais eu tout à l'heure revint soudainement, mais il était léger. Au bout de quelques instants, je me rendis compte qu'à chaque pas que je faisais, cette sensation augmentait. Mon corps s'affaiblissait et je le ressentais. J'espérais qu'il ne se soit rien passé, que je puisse rentrer tranquillement chez moi. Que ma vie reprenne son cours normal. J'étais de plus en plus lourd. J'entendais mon coeur dans mes orteils.
J'arrivai à l'épouvantail. Je regardai le masque en essayant de faire face à la réalité, je regardai le trou des yeux, puis celui de la bouche, le grand chapeau, et enfin, le centre du masque : le nez. Ce nez, légèrement bossu sur le dessus, assez long, que j'avais vu plusieurs fois ici, sur ce masque. Depuis le commencement, la seule différence que j'y avais perçue était l'évolution de la couleur du sang : un sang d'abord frais, que j'avais vu durcir, sécher...
Pendant quelques secondes, je restai bloqué. La sensation augmentait encore mais je fis l'effort de me rapprocher de lui et de l'enlever. Cette fois, je voulais m'assurer qu'il ne reviendrait pas, alors je regardais autour de moi pour que personne ne me vit. Je creusai un trou dans le sol. Je mis le nez à l'intérieur, le recouvris.
Lorsque j'eus terminé, mon corps n'en pouvait plus et je m'écroulais sur le sol. Après, ce fut le trou noir.

Je me réveillai, allongé sur mon lit. Ma chère Claire était à mon chevet. J'étais encore confus et je lui demandai simplement de m'expliquer ce qu'il s'était passé. Elle me répondit avec douceur :
"Jean t'a trouvé inconscient près de ton épouvantail et m'a demandé s'il s'était passé quelque chose auparavant. Je lui ai répondu que tu avais eu un coup de fatigue mais j'avoue que je te trouve étrange ces derniers jours. Que se passe-t-il Pierre ? "
Je m'étais promis de lui révéler la vérité si le nez était de nouveau là. Mais je ne pouvais pas, elle m'aurait pris pour un fou. Je décidai, encore, de nier...
Je lui répondis :
" Non Claire, il ne se passe rien, je t'assure. Fais moi confiance s'il se passe quelque chose, tu le sauras bien assez tôt."
Elle se tut puis partit dans la cuisine. Lorsque j'eus totalemet repris mes esprits, j'allai rejoindre ma femme pour préparer le repas. Pendant quelques minutes, nous ne nous parlions pas puis je lui ai simplement demandé :
" Combien de temps suis-je resté inconscient ?
-Ca va bientôt faire deux jours."
Nous mangeâmes puis je partis travailler.
Je décidai d'éviter mon deuxième épouvantail pour pouvoir bien m'occuper de mes récoltes.

A la fin de ma journée, j'étais bien obligé d'aller le voir. La nuit commencait à tomber, je m'étais presque fait à l'idée qu'il serait là mais un partie de mon esprit espérait le contraire. J'y allai à reculons, mon coeur s'accélérait. Je me préparais mentalement à le voir, à l'enlever, à l'amener dans la forêt, loin, très loin de moi.
J'y arrivai, je le vis, je me mis dans une rage soudaine et accélérai le pas, arrachai le masque, le jetai à terre, je sautai sur lui. Je ne pouvais m'arrêter, j'étais toujours plus énervé. Puis au bout de quelques minutes je me calmai et décidai que la meilleure solution était de le supprimer. En effet si je le supprimais, le nez ne reviendrait pas. Je regardai le masque que j'avais écrasé pendant plusieurs minutes et je me rendis compte que le nez était légèrement à l'écart comme s'il essayait de s'échapper. Je le pris alors fermement dans ma main quand je sentis un filet d'air. Je rapprochais le nez de mes oreilles et entendis le son d'une inspiration puis d'une expiration. Le nez respirait, je le sentais, je l'entendais. Alors comme prévu, je pris l'épouvantail, l'amenai loin, très loin dans la forêt. Je jetai ensuite le nez puis je partis.

Je rentrai chez moi, débarassé. Ma conscience était plus tranquille. Les jours qui suivirent, rien ne me parut suspect, plus de traces du nez.
Mais parfois, certaines nuits, le nez vient encore dans mes rêves me rappeler ces affreux jours. "

La table était silencieuse. Puis "pépé" finit par dire :
"Je ne t'en ai jamais parlé Claire, je tenais trop à toi, tu comprends..."
Elle regardait son mari, ébahie ne sachant que dire. Puis Marc, leur fils dit simplement :
"Papa, tu commences sérieusement à perdre la raison...
- Crois moi ou non, répondit le père, seuls les oiseaux des champs connaissent la vérité sur cette histoire."


  Emilie, Mme des Roseaux et les membres de l'association